Comment expliquer qu’un pays puisse à la fois manquer de juges, d’avocats et de greffiers… tout en rendant l’accès à ces professions particulièrement difficile ?
Lors de la rentrée solennelle de la Conférence du stage de l’Ordre des avocats, le président Bassirou Diomaye Faye a mis en évidence un constat préoccupant : celui d’un déficit de professionnels dans le secteur judiciaire.
Si cette déclaration attire l’attention sur une réalité bien connue, elle ouvre également la voie à une réflexion plus large. Car au-delà du manque, une question demeure : les conditions d’accès aux professions juridiques ne participent-elles pas, indirectement, à entretenir cette situation ?
Comment expliquer qu’un pays puisse à la fois manquer de juges, d’avocats et de greffiers… tout en rendant l’accès à ces professions particulièrement difficile ?
Lors de la rentrée solennelle de la Conférence du stage de l’Ordre des avocats, le président Bassirou Diomaye Faye a mis en évidence un constat préoccupant : celui d’un déficit de professionnels dans le secteur judiciaire.
Si cette déclaration attire l’attention sur une réalité bien connue, elle ouvre également la voie à une réflexion plus large. Car au-delà du manque, une question demeure : les conditions d’accès aux professions juridiques ne participent-elles pas, indirectement, à entretenir cette situation ?
I. Une justice sous pression : insuffisance des effectifs et tensions sur le service public
Le système judiciaire sénégalais évolue dans un contexte marqué par une pression croissante. Le nombre de magistrats reste limité face à une demande de justice en constante augmentation, liée à la croissance démographique, à la complexification des litiges et à l’élargissement des champs du droit.
Dans les juridictions, cette réalité se traduit par une accumulation des dossiers et un allongement des délais de traitement. La justice, censée être rendue dans des délais raisonnables, se trouve parfois ralentie par des contraintes structurelles.
Les greffiers, dont le rôle est central dans l’organisation des audiences et la gestion des procédures, sont eux aussi en nombre insuffisant. Leur sous-effectif impacte directement la fluidité du fonctionnement judiciaire.
Quant aux avocats, bien que leur effectif ait évolué, leur présence reste inégalement répartie sur le territoire. Cette concentration dans les grands centres urbains peut limiter l’accès effectif à une assistance juridique dans certaines zones.
Ces éléments, combinés, traduisent une réalité : la justice sénégalaise fonctionne avec des ressources humaines en deçà des besoins, ce qui n’est pas sans conséquence pour les justiciables.
II. Un accès aux professions juridiques exigeant
Parallèlement à cette pénurie, l’accès aux professions juridiques demeure strictement encadré.
La profession d’avocat en offre une illustration significative. L’accès passe par un concours sélectif à l’École de Formation des Avocats, organisé après plusieurs années d’irrégularité. Le nombre de places y est limité, instaurant une forte concurrence entre candidats, dans un contexte où les diplômés en droit sont de plus en plus nombreux.
À cette sélection académique s’ajoutent des exigences élevées en termes de qualification, ainsi que des contraintes financières liées à la formation. Ces éléments, pris ensemble, peuvent constituer des obstacles pour une partie des aspirants à la profession.
La magistrature et les fonctions de greffier reposent également sur des concours exigeants, avec un nombre restreint de postes ouverts chaque année. Ce modèle vise à garantir la compétence des professionnels recrutés, mais limite mécaniquement le volume d’entrées dans ces carrières.
Dès lors, une lecture plus analytique s’impose : sans remettre en cause la légitimité de ces exigences, leur cumul peut produire un effet restrictif, en décalage avec les besoins exprimés sur le terrain.
Entre constat et réflexion : une tension à interroger
Le manque de professionnels, rappelé au plus haut niveau de l’État, constitue un signal important. Mais il invite également à une réflexion plus large sur les mécanismes d’accès aux professions juridiques.
L’enjeu n’est pas d’opposer exigence et accessibilité, mais de s’interroger sur leur articulation. Une régulation trop stricte, dans un contexte de pénurie, peut soulever des interrogations quant à son adéquation avec les réalités du système judiciaire.
Ainsi, au-delà du constat, c’est une dynamique plus profonde qui mérite d’être examinée : celle d’un équilibre à trouver entre la qualité du recrutement et la nécessité de répondre efficacement aux besoins de justice.
Fatou Diallo – Juriste en formation